Le nouveau jeu de l’oie des banques

Les banques ont apparemment inventé un nouveau jeu de l’oie, dont elles sont les seules à connaître le règlement.
Le but : se débarrasser des clients peu fortunés, notamment des retraités, qui ne contribuent pas suffisamment à la rentabilité du bizness réalisé avec l’argent des citoyens.

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Ne tombez pas sur la mauvaise case !

Car si vous tombez sur la mauvaise case, pas de repêchage possible !
Vous vous retrouvez dans une zone de limbes, où vous ne parviendrez ni à localiser votre argent ni à en disposer.

D’abord, malheur à ceux qui sont démunis devant le recours au numérique imposé par leur banque.
Et malheur aussi à ceux qui se retrouvent en négatif sur leur compte.

La plus grande inquiétude qui s’empare des pensionnés victimes de ce jeu de l’oie est la crainte de ne pas pouvoir accéder au versement de leur pension – sans parler du paiement des domiciliations (énergie, loyer, etc.) et autres opérations bancaires.

Aucune justification !

Toutefois, les banques ne donnant aucune justification à la cessation de leurs services, nous ne pouvons que nous perdre en suppositions.
Elles renvoient à leurs conditions générales, qui permettent à la banque de mettre fin aux « relations nouées » :
 « Art. 59 – Cessation des relations – extrait
(…)  tant le client qu’ING peuvent – sans avoir à justifier leur décision – mettre fin à tout ou partie des relations qu’ils ont nouées, moyennant, s’il échet et à la demande de l’autre partie, indemnisation du préjudice éventuellement subi par celle-ci du fait de la cessation, et établi par elle. »
La procédure de résiliation est détaillée par la suite mais les banques se déclarent dispensées de donner leurs motivations.

Il faut une obligation !

Qu’en pense le SPF Economie ?
Pas grand-chose et beaucoup de vent :
« Aujourd’hui, disposer d’un compte bancaire est indispensable : pour percevoir son salaire, ses allocations sociales, effectuer des paiements, régler ses factures… Il arrive cependant qu’une banque solde le compte d’un client ou refuse de lui ouvrir un compte bancaire en raison de sa situation financière. Cette situation est extrêmement ennuyeuse ; les paiements sont difficiles à effectuer et même recevoir de l’argent n’est pas chose aisée. Pour combattre l’exclusion bancaire, le législateur a mis en place le service bancaire de base. Il impose ainsi aux banques un service garanti. » https://economie.fgov.be/fr/themes/services-financiers/services-de-paiement/service-bancaire-de-base/service-bancaire-de-base-pour
Le SPF Economie qualifie donc cette situation « d’extrêmement ennuyeuse », mais il n’a rien fait pour mettre fin à cet « extrême ennui » !
Ni la Charte bancaire ni le Code de Droit économique ne prévoient d’empêcher l’exclusion des pauvres.
La Charte organise le service bancaire universel, le Code de Droit économique et le service bancaire de base mais ils ne protègent pas celles et ceux qui tombent en négatif sur leur compte courant.

Huit milliards pour les banques, l’exclusion pour les pauvres

Tomber en négatif arrive souvent, et surtout aux personnes en difficulté numérique ou celles qui ne bénéficient que d’une petite pension de retraite.
Toutes ces personnes fragiles sont purement et simplement abandonnées sur le bord de la route, alors que huit milliards de « super bonus » ont été accordés aux banques, comme le rapporte le journal Le Soir du 4 juin (https://www.lesoir.be/592452/article/2024-06-04/quatre-milliards-de-super-bonus-pour-les-quatre-grandes-banques-belges ).
Une étude réalisée à la demande des Verts européens dévoile en effet un vrai scandale.
Par la magie des opérations financières en faveur des riches, les banques centrales de la zone euro ont rétrocédé 124 milliards d’euros aux banques commerciales.
En Belgique, la Banque Nationale (BNB) a notamment donné 1,43 milliard à la KBC, 1,03 milliard à Fortis, 923 millions à Belfius et 471 à ING à titre d’intérêts, sans que ces banques n’aient eu à bouger le petit doigt.
Un super-cadeau en bonus alors que ces banques réalisent déjà des superprofits !
Le Gang des Vieux en Colère dénonce ces cadeaux fabuleux donnés aux banques alors que celles-ci mettent à la porte des personnes âgées dans le plus grand désarroi et portent atteinte à leur qualité de vie et à leur santé.

Le Gang des Vieux en Colère
– refuse l’exclusion bancaire des personnes à faibles revenus ;
– exige l’obligation pour les banques de fournir un réel service bancaire de base, sans exclusion liée au déficit ;
– exige l’obligation pour les banques de guichets ouverts toute la semaine avec des humains derrière ;
– refuse l’exclusion par le numérique.

Des témoignages révoltants !

C’est le cas de Yannick B., une retraitée de 75 ans, jetée sans ménagement de la banque ING :
«  Je me sens sidérée, effondrée ! … Je n’ai pas d’ordinateur. Comment faire pour continuer à régler mes domiciliations ? … Pourquoi l’éviction de la banque d’une personne de 75 ans pour qui cette banque a été celle de toute une vie ? J’y ai fait mon prêt hypothécaire en 1984. Je n’ai jamais eu de problème. J’ai fait une embolie pulmonaire il y a peu et mon état de santé est fragile. »

Guy B, autre retraité bientôt octogénaire, connaît une situation analogue :
« Depuis plus de 20 ans, j’ai un compte bpost sans AUCUN souci, géré correctement.
Première « vexation » (pour rester poli !!!) :
en mars 2023, peu après la reprise de bpost par la banque BNP-Paribas-Fortis, j’ai reçu un courrier qui m’annonce sans motif ou explication l’annulation TOTALE de mon crédit de caisse de 1.250€ … pourtant fonctionnel sans souci depuis l’ouverture du compte ! Après démarches, ce crédit est réévalué à seulement 250€.
Aucun motif ne m’a jamais été donné !
Ensuite, le compte continue à fonctionner sans autre souci.
Deuxième vexation :
Mi-janvier 2024, au moment de la migration (informatique) de la plate-forme bpost vers BNP, mon compte s’est retrouvé complètement bloqué (y compris sa carte de débit) … comme environ 500.000 autres utilisateurs de l’ex-bpost, dont (un comble) le propre compte de mon bailleur !!
Mon compte a été rétabli après 8 jours… et après de TRÈS TRÈS nombreux appels
Aucune explication ni excuse !
Ensuite, tout redevient « normal » … pendant quelques mois. En effet :
Troisième vexation : 
Ce 4 mai, mon compte est à nouveau entièrement bloqué (plus d’accès au compte, ET carte bloquée). Troisième édition, troisième em… !!
Après de nouvelles réclamations, on me signale oralement que le « motif » serait une ancienne faillite (de 1992 ou 93). On me demande de prouver que tous les créanciers ont été payés et une copie du jugement (d’il y a donc plus de 30 ans) !!!
À l’époque, j’avais demandé au greffe une copie de la clôture de la faillite : dossier introuvable ! Perdu ou non rentré au greffe par le curateur, allez savoir ! Depuis plus de 30 ans il y a prescription … et aussi Droit à l’Oubli !
Quatrième vexation :
Qui découle de la troisième et qui en est la grave conséquence… et dont sont AUSSI victimes tous ceux qui subissent ce comportement dictatorial : faute d’accès (en lecture) au compte, je n’ai plus aucun accès à DIX ANS d’historique de mouvements bancaires. Donc, impossible de fournir le moindre lien vérifiable, par exemple à des fins juridiques, sociales ou autres (sauf si des extraits « papier » ont été imprimés … et conservés) !!
Ce préjudice pourrait s’avérer irréparable dans certaines circonstances.
La banque BNP montre donc une désinvolture et un mépris total du client ! En particulier, à l’égard d’une personne à faibles revenus, et âgée !
Faute de rapide réponse favorable à mes réclamations, plainte sera déposée auprès du service juridique de Test-Achats, ET du médiateur fédéral pour les services financiers. »

Un article de La Capitale daté du 25 avril rapporte le cas d’une dame confrontée elle aussi à une cessation de services sans appel de la part de la BNP.
« Naïma, 82 ans, a vu son compte bancaire bloqué par sa banque ».
La raison avancée est que le compte n’est pas resté positif pendant plus de 48h.
Heureusement, elle peut compter sur l’aide de son fils, qui ne réussit cependant pas à débloquer la situation.
Ce dernier dénonce le caractère arbitraire des décisions de la banque et leurs conséquences traumatisantes sur la vie quotidienne de sa mère.

Un article de L’Echo du 30 mai 2024 annonce que
« Le groupe bancaire néerlandais ING n’offrira désormais plus ses services qu’aux grandes entreprises et aux clients fortunés du Luxembourg. (…) Des milliers de clients d’ING au Luxembourg devront dans les mois à venir chercher une nouvelle banque. »
Quarante mille personnes sur le carreau, avec tout ce que cela implique comme stress et inquiétude, spécialement pour les clients âgés !
Comme l’écrit encore L’Echo : « Alors qu’ING explique sa décision notamment par l’absence de croissance, on voit que l’an dernier le bénéfice avant impôts s’établissait à 348,6 millions d’euros, soit en nette hausse par rapport aux 180 millions affichés l’exercice précédent. »

Manu D

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