Quand on remplace les humains par des machines, vous devenez un numéro.

Gina, 78 ans, célibataire, est aux abois.
Elle a toujours travaillé comme femme de ménage, et à présent, comme 13,9% des habitants de Bruxelles, elle survit avec la GRAPA (Garantie de Revenu aux Personnes Agées), soit 1460 € par mois.

L’agonie du cash, c’est l’agonie de milliers de seniors

Sans ordinateur, Gina fait tous ses paiements en liquide.

Malheureusement, maintenant les banques refusent de s’occuper des transactions en liquide.
Chaque paiement l’oblige à marcher une demi-heure jusqu’au bureau de poste le plus proche, car bien entendu, celui de son quartier a été fermé depuis quelques années.

A la poste, on accepte encore l’argent liquide, mais pas sans frais : il lui en coûte un supplément de 3,5 € par transaction.

Pas vraiment pratique, mais cela fonctionnait.

Cependant, au moindre grain de sable dans la machine, ça tourne au cauchemar.

Il y a un mois et demi, son syndic lui reproche de ne pas avoir payé son loyer mensuel.
Gina proteste, elle peut attester du contraire et montre l’extrait du virement effectué.
La poste vérifie et confirme bien que l’argent a été envoyé.
Le syndic insiste et prétend le contraire.
Dans un parcours de Charybde en Scylla sans issue, Gina est de plus en plus stressée, craint des sanctions et se demande si elle a bien respecté toutes les règles de l’une ou l’autre procédure.

Une société sans cœur mais des voisins solidaires

Fort heureusement la solidarité a joué pour la sortir de l’impasse.
Une voisine a découvert que, lorsque Gina a donné l’ordre de paiement à la poste, l’employé avait bien envoyé l’argent au syndic mais en omettant de mentionner le nom de Gina comme donneur d’ordre.

Recevant le loyer sans nom et seulement sur base du numéro de compte de la poste, le syndic n’a pas cherché à comprendre l’erreur et s’est débarrassé du problème en renvoyant l’argent à la poste !
Ainsi, l’embrouille a pu être résolue et le cauchemar s’achever, mais cette mésaventure a profondément choqué et épuisé Gina.

Cela doit changer !

Un grain de sable, dans une société de plus en plus déshumanisée, l’a projetée dans un labyrinthe obscur.
Elle a dû courir, démêler les voies impénétrables de l’administration, se justifier d’une faute qu’elle n’avait pas commise, elle a craint d’être expulsée de sa maison à son âge et a été stressée par son manque de moyens pour faire face aux problèmes juridiques.
Tout cela a accentué ses problèmes de santé, liés aux produits utilisés pour son travail de nettoyeuse.

On peut espérer que les effets du stress disparaîtront petit à petit chez Gina.
Mais lui restent l’incertitude et l’impuissance devant les mesures gouvernementales qui ont aggravé ses problèmes.
Car l’Etat social actif se meurt, sous les coups cumulés du Grand Capital et des politiques antisociales.

Dans notre société, les Vieux sont de plus en plus dépouillés du respect qu’on leur portait depuis des siècles.
Il fut un temps, pourtant, où les Anciens étaient respectés et protégés.
On savait encore l’importance de leur rôle de passeurs de mémoires et on n’oubliait pas que, plus jeunes, c’étaient eux et elles qui avaient construit à leur tour le monde, comme chaque génération le fait depuis la nuit des temps.

Bob R

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