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INTERVENTION POUR LE 8 MAI 

de Maya au nom du Gang des Vieux en colère.

Le 7 septembre 2025, la rue Edmond- Picard, à cheval sur les communes d’Uccle et d’Ixelles, a été rebaptisée rue Andrée Geulen. Dorénavant, le nom d’une résistante remplace le nom d’un antisémite.

Edmond Picard (1836-1924), avocat, écrivain, sénateur belge, qui fut aussi un raciste, négrophobe et antisémite enragé, un « préfasciste ».

J’ai été invitée à rendre hommage à celle dont la rue porte désormais le nom: Andrée Geulen, une jeune résistante qui a sauvé 400 enfants juifs durant la 2e Guerre mondiale.

Andrée Geulen est née en 1921 et morte en 2022. Alors jeune institutrice de 21 ans, engagée déjà dans la lutte pour l’enseignement laïc initiée par Zoé Gatti de Gamond, révoltée par le port de l’étoile jaune imposée aux enfants juifs dès 1942, elle a rejoint le Comité de défense des Juifs fondé par des résistants. Avec une douzaine d’autres femmes, dont Ida Sterno, Esta Heiber et Yvonne Jospa, elle a contribué à cacher et sauver plus de 300 enfants juifs.

Il faut rappeler qu’ à l’aune des persécutions, déportations et extermination commises dès 1942 par les Nazis, 400 enfants juifs sauvés (compte sinistre tenu des seuls 3000 enfants sauvés au total sur les 30 000 Juifs déportés), ce n’était pas rien.

Il faut rappeler aussi qu’en Belgique, sur les quelque 30000 déportés juifs (70000 Belges) ne survécurent que 1650. Sur les 5000 enfants, 5 pour cent seulement survécurent. Leur sort n’était pas différent de celui des adultes. 

Et rappelons aussi que des excuses envers les victimes ne furent émises par le Gouvernement belge qu’en 2002.

D’après un édito rédigé par sa petite-fille Agnès Herscovici : « Pour la jeune enseignante, déjà engagée pour la promotion de l’éducation, s’engager pour sauver des enfants était une évidence. Et de la même façon qu’elle n’a pas hésité à l’époque, elle a continué à se battre après la guerre contre toutes les formes d’injustices. 

« … Avec son mari, Charles Herscovici, dont les parents ont été assassinés à Auschwitz, ils ont transmis leurs valeurs à leurs enfants et petits-enfants : la lutte contre le racisme et le colonialisme, l’engagement pour la paix, la défense des libertés et des droits humains.

« Elle aurait été épouvantée par les massacres du 7 octobre 2023, comme par le génocide en cours à Gaza. Rien ne saurait justifier l’extermination d’un peuple…

«   Aux enfants israéliens est posée une question récurrente à propos de la Shoah : « Comment avait-il été possible de vivre comme si de rien n’était à côté de l’horreur, comment un tel aveuglement était-il possible » – et de conclure, en évoquant le massacre des Gazaouis : « Voici la réponse »

«  Comment ne pas réagir lorsque l’on est aujourd’hui témoin de discriminations, de persécutions, de rafles, d’exécutions ? Comment ne pas réagir lorsque l’on est témoin de bombardements d’habitations, d’hôpitaux, d’écoles, lorsque l’on voit les corps décharnés d’enfants affamés ?

Je veux lui laisser la parole. C’était en 2001 : elle a 80 ans et ses enfants cachés la fêtent. Voici quelques paroles qu’elle a transmises : « J’ai vécu ce qu’était le racisme, son horreur, son incommensurable bêtise et je suis devenue pour toujours une militante antiraciste. « J’ai appris aussi qu’il était possible de ne pas se soumettre à des lois injustes et j’ai gardé cette capacité de révolte, cette vigilance devant les discriminations

«  La guerre à peine terminée, il a fallu prendre parti contre les guerres coloniales et contre le possible emploi des bombes atomiques. Et c’est vrai que j’ai défilé derrière tous ces drapeaux et même si tous ces combats n’ont pas été gagnés, je n’ai jamais regretté d’y avoir participé.

«  Et puis j’ai aussi été une militante syndicale, toujours aux côtés de ceux qui luttaient pour une vie meilleure. C’est dans cet esprit que j’ai élevé mes enfants, mes petits-enfants : la haine du racisme, le partage, la solidarité. ».

Vous l’aurez compris, cette femme splendide est restée engagée tout au long de sa vie…

«  Ces engagements ont nourri la vie de nos parents au-delà des frontières, au-delà des générations. C’est sans doute l’héritage le plus précieux qu’ils nous ont laissé. »

« Se souvenir d’Andrée Geulen, c’est se souvenir qu’il faut garder les yeux ouverts, ne pas se taire, et résister, encore et toujours. »

Et se souvenir que vieux et jeunes, chanceux ou non,  nous sommes tous faits de la même pâte humaine et pouvons agir sur le destin collectif qui nous est échu.

Avec cet hommage, je veux vous parler ainsi du « devoir de mémoire », de la transmission de luttes qui ont porté les génération au fil des siècles à lutter contre les exploiteurs, les profiteurs, les assassins qu’on voit hélas reprendre pied aujourd’hui et saccager nos vies.

Je veux saluer tous les citoyens, les militants qui aujourd’hui s’engagent sur tous le fronts contre le fascisme qui revient en force.

Quel rapport avec les luttes du Gang des Vieux en Colère  que je représente aujourd’hui ? La colère et la volonté de rendre le fameux monde meilleur, pour tous et  nos enfants  !

Révoltés par les injustices et la violence des temps, enfants et petits-enfants de ces résistants ou non, pensionnés ou non, nous avons décidé de nous engager ou de rester engagés dans ces terribles temps.  Nous avons décidé de défendre les valeurs qui ont porté les résistants à combattre les sinistres et sanglants  fauteurs de guerre,  défenseurs  des affameurs, profiteurs et massacreurs.

Le Gang des Vieux en colère, nous battons contre la loi du profit capitaliste – les « eaux glacées du calcul égoïste »  – qui plonge chaque jour davantage les peuples dans l’exclusion et la misère, jeunes, adultes, vieux, et qui, nous les vieux, nous relègue de plus en plus  sous le doux nom de seniors pour ne pas dire, personnes « périmées ».

Nous avons surgi à Bruxelles vers 2016, mais manifestons désormais dans plusieurs villes belges, pour faire entendre nos vieilles voix contre les injustices sociales et pour défendre une vie digne pour tous : pensions vivables, fin de vie digne, droit au logement, droit des femmes…

Notre slogan : « On n’est pas mort, on lutte! ». Notre but : mettre la pression sur les politiques avec humour et sans violence. Notre arme : l’humour et la joie de vivre.

On le fait certes pour nous (dans ce moment où, comme dans tous les régimes despotiques, les vieux considérés non rentables sont  mis à l’encan – mais aussi et surtout, pour « ceux et pour ceux qui un jour deviendront vieux ».

Cette revendication toute basique et humaine  : « Vieillir dans la dignité » s’étend à la défense de la dignité de tout être humain. Nous tenons à faire du bruit et en reprenant  à notre compte les combats de nos vaillants prédécesseurs, cela avec des actions spectaculaires et ludiques, loufoques, avec l’humour en étendard.

Quelques exemples : lutte pour la mobilité  et les transports gratuits avec occupation d’un train pour Liège en 2025  – défense des pensions et du pouvoir d’achat avec occupation de banques et d’administrations avec des pancartes « Rendez l’argent » – actions déguisées en « mendiants de luxe » devant le Parlement pour réclamer une pension minimum à 1500€ net – défense des services publics et lutte contre le tout- numérique

Dans les luttes pour le climat  : flash mobs en déambulateurs lors des marches. Pour le droit au logement : occupations de logements vides avec banderoles « Des toits, pas des tombes ».

On a un site : https://gangdesvieuxencolere.be.

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