Il n’aura fallu que deux semaines à Maricarmen Abascal pour mourir dans un lit d’hôpital après avoir été chassée du logement où elle vivait depuis plus de 70 ans. Le bouleversement de sa vie dû à son expulsion et à son hospitalisation ont eu raison de ses forces. C’est sur une civière en effet, sous l’œil complaisant de la garde civile, que cette Madrilène de 87 ans a été enlevée de chez elle provoquant un mouvement gigantesque de solidarité en Espagne, une émotion considérable à la mesure du scandale du mal logement et du mépris des vieilles et des vieux qui sévit là-bas comme chez nous.
Des Maricarmen, il y en a en Belgique, des logements vétustes aussi, un parc locatif social insuffisant (seulement 6 % à Bruxelles selon IEB-2026), une gentrification dans les quartiers anciens des grandes villes, des loyers exorbitants sans rapport avec les revenus des plus pauvres et particulièrement des pensionné.es, des logements inadaptés au grand âge obligeant le départ en maisons de retraite.
A cela s’ajoute, 62.000 personnes sur les listes d’attente pour un logement social à Bruxelles et près de 20.000 personnes sans abri dans la capitale, plus de mille logements inoccupés à Liège (2025). Il y a des exemples à foison. Faute de financement de la rénovation du bâti à Charleroi, l’Intercommunale Humani prie les locataires de 83 logements de quitter les lieux pour le 30 juin. Jean-Pierre, un pensionné de 78 ans qui habite dans son logement de Montignies-le-Tilleul depuis 40 ans, fait partie du lot des expulsés.
Tout cela est aggravé par les mesures antisociales et les restrictions budgétaires du gouvernement Arizona. Celui-ci s’attaque aux plus pauvres et au financement des associations qui se tiennent à leurs côtés. Les dirigeants de l’État, lorsqu’ils se dirigent vers l’extrême-droite, tentent de détruire les corps intermédiaires (syndicats, mutuelles, associations) pour n’avoir en face d’eux que des individus isolés qui ne peuvent pas se défendre.
Le Gang des Vieux en Colère propose dans son Memorandum des pistes pour empêcher le traitement inhumain de toutes les Maricarmen chères à notre cœur.
- La régulation des loyers basée sur un cadastre des loyers.
- L’augmentation significative de la construction de logements sociaux adaptés aux personnes âgées et à mobilité réduite, installés à proximité de centres médicaux.
- Lors de la construction de nouveaux logements, nécessité d’intégrer des dispositifs aménageables pour les personnes âgées et celles porteuses d’un handicap.
- La mise à disposition des innombrables logements de bureaux inoccupés aux personnes vivant dans la rue ou dans des conditions précaires, parmi lesquelles beaucoup de personnes âgées.
- La suppression des entraves à l’habitat groupé et à la colocation dans des projets, intergénérationnels ou non, qui permettent de partager les frais importants et de maintenir des liens sociaux indispensables à la vie, en particulier, la suppression immédiate du statut de cohabitant.
- La protection d’un environnement sain.
Anne M.
Pour compléter l’information, lire l’article paru dans le journal du CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes) avec de nombreux chiffres éclairants: Espagne avec Maricarmen : quand la crise du logement devient une question de classe 29 septembre par Christian Dubucq
https://www.cadtm.org/Espagne-avec-Maricarmen-quand-la-crise-du-logement-devient-une-question-de
Témoignage
En 2004, une de mes grandes amies et féministes de choc a 84 ans quand son propriétaire décide de la mettre à la porte du logement vieillot qu’elle occupe à Ixelles depuis plus de 40 ans. Motif : il veut rénover pour avoir la possibilité d’augmenter le loyer.
Toujours sur la balle pour dénoncer les inégalités subies par les femmes, elle avait reçu un surnom: Panthère Vigilante!
Notre Panthère dispose seulement d’une pension dérisoire et malgré toutes nos recherches ne trouve aucun logement compatible avec ses revenus.
Arrivant au terme de l’ultimatum, elle est hospitalisée, dans un état de total désespoir.
Elle cesse de s’alimenter et décède rapidement.
Une grande dame qui toute sa vie a oeuvré sans compter pour la cause des femmes a été sacrifiée sur l’autel du profit; elle nous manquera toujours.
Gisèle D.




