QUI A FERMÉ L’ENVELOPPE DE L’INTÉRIEUR ? (suite 18)

Rediffusions du feuilleton de l’été à raison de un par jour. 
Afin d’en faciliter la lecture, nous ne diffusons plus que notre réponse au Premier ministre.

Dix-huitième épisode

« Le coup de couteau dans le dos »

Cher Charles,
Et c’est repartit ! Voilà que vous répétez ce qui a déjà été quatre fois analysé et décortiqué « Renforcer le lien entre la carrière professionnelle prestée et la pension ». Vous souvenez-vous que votre argutie du « chacun pour soi » a déjà été critiquée, atomisée et réfutée dans les épisodes 4, 5, 6 et 15 …
Cette technique usée jusqu’à la corde, cette technique des uns contre les autres, que nous avons dénoncée depuis votre première ligne. C’est un peu fatiguant :
– Opposer ceux qui ont fait de longues carrières supérieures à ceux qui sont entrés dans le monde du travail à 16 ans.
– Opposer celui ou celle qui a choisi d’élever ses enfants à celui ou celle qui a choisi d’entrer dans le monde du travail.
– Opposer ceux qui se sont retrouvés dans un statut misérable de sans travail parce que licenciés, malades, nés handicapés, accidentés, trop jeunes ou trop vieux à ceux qui ont eu la chance d’avoir un statut digne et un travail décent et pérenne.
Qui vous demande d’opposer les commerçants aux fonctionnaires?
Qui vous demande d’opposer les artistes aux entrepreneurs ?
Opposer tous contre tous !
Diviser au lieu de rassembler… C’est bas, cher Charles, c’est petit, ce n’est pas digne de la fonction de Premier Ministre..

Mais, là où vous avez presque raison, c’est pour ce qu’il convient d’appeler « la pénibilité ». Presque, parce que quand on parle « pénibilité », vous devenez subitement très concis. Si concis que vous restez sur de multiples inconnues.
Si les quatre critères que vous évoquez sont pertinents ils ne sont malheureusement pas suffisants pour mettre ce système en place.Vous comprendrez donc pourquoi, dans cet épisode, nous avons décidé, nous aussi, de nous offrir le luxe d’être brefs !

Comme Bacquelaine, votre ministre des retraites avait demandé des critères objectifs pour déterminer ce qu’est un métier pénible, il lui a été remis immédiatement une longue liste de critères, presque exhaustive…

Perte de temps et hurlement de rire.

Le seul critère qui vaille, selon votre ministre c’est « Combien ça va coûter ? ». L’argent serait donc la seule réponse.
Picabia l’écrivait avant nous : « L’argent est le meilleur bouillon de culture où puissent pulluler la mauvaise foi, la muflerie et la prostitution. »
Et, nageant dans la mauvaise foi comme un requin dans la mer, Bas-De-Laine a immédiatement converti « pénibilité en or », en déclarant de manière bien plus triviale et beaucoup moins drôle : « Nous n’aurons jamais les budgets pour autant de métiers et autant de critères. Donc, il faut réduire les critères. (…) Si vous devrez tous travailler plus longtemps c’est pour payer le départ anticipé de trop de gens aux métiers lourds. C’est à cause d’eux, nous on y est pour rien.»
Bravo pour le coup de poignard dans le dos.

Un comédien qui baigne dans son sang sur les planches, fatigué, en province, un samedi soir, à 22h30… il se relève fringant pour venir saluer parce que dans son métier c’est comme ça, même s’il doit prendre un car et faire 200 km pour rentrer chez lui et dormir quelques heures, vite, avant de conduire les enfants à l’école.
Un employé, infirmière, gardien de prison, assistante sociale, instituteur, harcelé, au bord du burn-out, il ne se relève pas, il vieillit avant l’âge !

Ou bien on accepte l’idée que certains métiers sont pénibles, ou bien on ne veut pas l’accepter parce que cela aurait un prix. Les vieilles et les vieux usés sous le joug de secteurs très pénibles ne pourraient revendiquer de passer leurs derniers jours dignement qu’à condition que ce soit ou dix ans plus tard ou dans la misère ?
Et votre gouvernement pousse encore plus loin…
Non seulement, il a décidé tout seul, dans son coin, que nos enfants devraient travailler jusqu’à 67 ans – bien que cela n’ait figuré dans aucun programme de parti – mais encore, il a déjà fait savoir que l’enveloppe (que vous avez-vous-même fermée de l’intérieur, cher Charles) pour les métiers lourds n’allait jamais augmenter.
Ces réflexions, cher Charles, sont indécentes et inhumaines et vous le savez.
Différents éléments de la vie font qu’à 60, 63, 65 ans, certains sont amoindris, amortis, épuisés, éteints, cassés, déchirés, décrépits, défraîchis, délabrés, détériorés et incapables d’aller plus loin. 
Il faut en tenir compte vraiment !
Il faut définir, avec la précision d’un apothicaire, la posologie des facteurs de risque pour la santé. Il faut aller plus loin dans le détail.
Définir une échelle scientifique pour la charge physique. Une échelle pour mesurer les risques au niveau de la sécurité et de l’usure des personnes. 
Est-il sérieux d’annoncer une prise en compte de la pénibilité de nature mentale ou émotionnelle alors qu’au même instant, votre amie Maggie sort le stress et le burn-out des critères de la liste « émotionnel et mental » ?
A-t-on tenu compte du travail de nuit ? Du travail les dimanches, du travail les jours fériés ?

Enfin, la question qui fâche… Comptez-vous réellement remplacer les critères de préretraites par les critères de pénibilité ?

Allez, Monsieur le Premier ministre, profitez de la fin de l’été pour revoir votre copie et revenez-nous avec un projet complet, solide, qui tienne compte de l’humain. Rien que de l’humain. Tout le reste n’est que scandale et honte.

Dans l’attente, veuillez accepter, Monsieur le Premier ministre, Cher Charles, l’assurance de notre plus exigeant respect.

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