QUI A FERMÉ L’ENVELOPPE DE L’INTÉRIEUR ? (suite 6)

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Rediffusions du feuilleton de l’été à raison de un par jour. 
Attention, afin d’en faciliter la lecture, il n’y aura que notre réponse au Premier ministre.

Sixième épisode

« Salomon juge du prix à payer chaque vieux »

Cher Charles,
Vous jugez qu’il faut une différence de vieillesse entre ceux qui ont eu la chance de trouver du travail dès la sortie des études et ceux qui n’ont pas eu cette chance ? Vous jugez qu’il faut une différence de vieillesse entre ceux qui ont eu la chance d’avoir eu un travail pérenne et un statut social élevé et les autres. Il faudrait distribuer des bons points à ceux qui ont eu la chance de rester dans le monde du travail tout au long de leur vie « active » et distribuer des punitions à ceux qui n’ont pas eu cette chance ?
De quel droit prétendez-vous faire justice vous-même ? 
Qui vous a demandé d’établir ces échelles de valeur arbitraires ? 
Pour vous, vieillir décemment ça se calculerait au seul nombre d’heures de travail rétribué ? Et on ne tiendra plus ni des années d’études, ni des jours sans emploi ? 
Pour qui vous prenez-vous, Saint-Louis ou le roi Salomon ?
Vous qui n’êtes même pas prêt à couper en deux un enfant sous un chêne, vous cherchez juste à nous diviser encore et encore. 
La menace d’une union de tous les Belges vous ferait-elle si peur ?

Ainsi, selon vous, les uns devraient être récompensés par une pension élevée pour avoir été « d’honnêtes travailleurs » et les « autres », tant pis, ils devraient être punis, et vieillir dans la misère. Votre point de vue nous fait horreur, Charles !
Ces « autres » qui sont fautifs d’être tombés malades, ou de s’être faits licenciés pour cause de faillite, ou pour s’être retrouvés seuls avec trois enfants à charge, ou avoir eu un accident de travail ou de la route, ou d’avoir simplement été un intermittent, un saisonnier, un artiste… 
L’artiste qui cours le cachet, ou qui répète… c’est un inactif ?
Savez-vous, cher Charles qu’un artiste travaille deux mois pour vous offrir le spectacle qui vous amusera et que vous applaudirez sans vergogne ? 
L’ouvrier, l’employé qui s’est fait licencier pour cause de faillite… c’est un inactif ?
Savez-vous qu’on a enregistré 10.742 nouvelles faillites en Belgique rien qu’en 2017 et que ça fait une moyenne de 50.000 nouveaux inactifs qui se mettent à courir à la recherche de ce Graal moderne qui s’appelle embauche ? Et ces gens-là seront punis le jour de la retraite ?
Et si nous parlions des femmes ? Daniel vous a-t-il dit que, non seulement 80 % des contrats à temps partiel concernent les femmes mais qu’en plus, les revenus professionnels des femmes sont encore de 8% inférieurs à ceux des hommes, ce qui a déjà des répercussions importantes sur leur niveau de vie au-delà de 65 ans. 
Et nous pourrions noircir deux pages d’exemples qui forcent votre iniquité qui n’a d’égal qu’un individualisme aveugle et forcené. 
Et vous osez prétendre que c’est justement ça qui renforcera notre système assurantiel et solidaire de pension par répartition ? 
Comment, dans ces conditions osez-vous prétendre être le représentant de tous les Belges ?
« C’est une question de Justice » osez-vous finir par nous asséner droit dans les yeux, sans rire de votre énormité, sans le moindre frémissement ? 
Ce genre de slogan lancé à l’emporte-pièce, ça s’appelle un Syllogisme.

Et si vous commenciez par renvoyer manu militari le docteur Bacquelaine dans son officine ? Là, Daniel pourra enfin travailler pour gagner encore plus. Savez-vous, cher Charles, qu’après seulement avoir cotisé 20 ans comme député, on a déjà offert l’entièreté du montant de sa pension à votre Ministre ?
Chaque Euro cotisé doit être valorisé, écrivez-vous ? Alors pourquoi les autres, tous les autres Belges devront-ils attendre d’avoir cotisé 45 ans, soit 15 ans de plus que Daniel, pour obtenir (peut-être) cette pension complète ?

Dans l’attente de vous lire, veuillez accepter, Monsieur le Premier ministre, Cher Charles, l’assurance de notre plus exigeant respect.