
Au Gang des Vieux en Colère nous avons l’habitude des luttes joyeuses, du bonheur de nous retrouver ensemble dans les mouvements qui s’opposent à la destruction des acquis sociaux et à l’avancée de l’extrême droite.
Aujourd’hui nous sommes bouleversé.es par ce que le MR et les Engagés font à l’école et par ce que la police fait à nos petits-enfants et à leurs profs.
Il est insupportable de voir ce que l’État fait endurer à des jeunes révoltés par le monde qui s’ouvre à eux sans perspective de lendemains heureux.
Nous ne sommes pas les seuls à nous émouvoir.
« La Ligue des droits humains (LDH) dénonce vendredi « la disproportion de la réaction policière » à l’encontre des enseignants et élèves rassemblés jeudi à Bruxelles contre le vote du décret-programme au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. » rapporte la RTBF.
La démocratie est en jeu
Cette violence s’est exprimée à la fois dans l’enceinte du Parlement et dans la rue. Au Parlement, la loi a été carrément violée car les règles d’adoption du décret-programme n’ont pas été respectées. C’est une dérive dangereuse vers la droitisation du régime quand l’exécutif piétine ses propres règles démocratiques. Des autorités académiques ont protesté.
Mais le pire s’est passé dans la rue où la police s’est attaquée à des enfants et à des adolescent.es. Un gouvernement qui ne respecte pas les règles de la démocratie ne peut qu’envoyer une police qui prend alors le pouvoir directement dans la rue sans filtres ni garde-fous.
La dérive est totale quand le ministre N-VA Francken souhaite envoyer les jeunes dans des camps de redressement, sinistre retour au passé nazi mais aussi à l’époque du capitalisme naissant où de tels camps existaient dans les grandes villes du pays au XIXème siècle.
Et Bouchez, qui n’en rate jamais une, veut couper les allocations familiales démontrant par là qu’il vise les familles pauvres. Et son ministre de l’Intérieur, Quintin, qui revient avec son idée de « casseurs/payeurs » Rien de neuf mais une accumulation inquiétante de signaux répressifs puisés dans l’histoire.
Témoignages sur les violences policières
Témoignage de Maya V., une gangstère qui a voulu protéger ses petits-enfants le 8 juin
« Chers ami.e.s
Nantie de notre chasuble, j’ai accompagné sagement le cortège de tête de la manif du début à la dissolution au mont des Arts. 🎭 où j’ai salué rapidement la foule au nom de Gang, sous une pluie d’applaudissements.
Ma chasuble a été comme toujours très « adorée » le long du périple.
J’ai rencontré Nadine et Louis.
Chassée par une pluie torrentielle, je n’ai rien vu ensuite des gazages des manifestants survenus gare Centrale relatés par mon petit-fils, revenu de nouveau en colère devant la violence de la police. »
Témoignage d’un père qui a voulu être aux côtés de ses fils dans la rue le vendredi 5 juin après avoir vu la violence de la police la veille.
« Il est 14 h à ce moment-là. Je retrouve mon fils et sa bande de minots. Quelques poubelles crament. Il y a des gamins qui se font courser, un qui se fait plaquer au sol, tous les autres convergent vers lui, crient, l’entourent, mais ça empêche pas les condés de le prendre violemment.
En bas du Mont des Arts, c’est l’ambiance, il y a des enceintes portées à bout de bras, deux gamins qui exhortent les autres depuis les épaules de leur congénère, ça danse et ça crie, c’est incroyablement vivant. Presque aucun adulte, que ces enfants, trop fiers d’être là, qui se filment, qui crient, qui s’amusent. Ils jettent quelques brols vers les flics. À un moment c’est l’arrivée de l’autopompe encadrée de sa ligne de robocops. Ils commencent à nous pousser vers le bowling, vers le squatepark. Les jeunes courent, s’arrêtent, repartent vers les flics, recourent dans l’autre sens. Quelques vélos partagés sont jetés en travers de la route, on arrive au squatepark, un petit break, de nouveaux les sonos, la musique, la joie. Pas pour longtemps, l’autopompe et ses sbires nous chassent vers le bas des Marolles, les tours d’habitations en face de la gare de la Chapelle. C’est un peu tendu, les flics poussent vite, pas le temps de vraiment faire une pause, j’encourage d’autres gamins qui n’ont pas dû être très assidus au cours de gym, comme moi ils soufflent pas mal. Il y en a qui ont peur, qui commencent à angoisser, la peur de voir surgir un escadron à chaque coin de rue, l’incertitude de pas avoir d’infos claires.
Il y a quand même une bande de prof et d’adultes avec des gilets jaunes floqués de « profs en soutiens » qui sont là pour distribuer du sérum phi, de l’eau et rassurer les gamins, heureusement qu’ils sont là, mais ils ne sont pas beaucoup.
C’est avec eux que j’ai vu deux gamines de 14 ans confier les évènements du jour d’avant. Elles racontaient leurs compagnons frappés, quand elles se sont fait chopper par le cou par les flics, insultées et tout le reste.
Il faut vraiment que ces évènements outre ce qu’ils ont laissé dans la vie de ces jeunes et qui leur appartient, racontent le racisme systémique de notre société. Comment quand ce sont des jeunes racisés qui descendent dans la rue, cassent des broutilles pour exprimer ce qu’ils ont à exprimer sur ce monde dans lequel ils ont grandi, comment on envoie ces milices armées, composées de fachos capable de frapper sans remord et surtout avec de la joie des enfants.
La journée a continué comme ça, des allers-retours, des jeunes plaqués au sol, face contre terre au milieu des touristes de la place Agora, les pieds et les mains repliés dans le dos, colsonnés.
A un autre moment, un flic qui débarque au milieu des jeunes, sur l’esplanade de la gare centrale, un chien tenu à deux mains, qui avance sans muselière, aboyant et faisant mine de mordre. Son collègue non masqué le rejoint et fais le même cirque avec un autre chien. Et ils gazent un groupe de trois, quatre gothiques de 16 ans, qui dansaient là un Monster à la main, j’en aide un, aveugle de lacrymo, à s’éloigner de ses tortionnaires, il est noir, son pote aussi, les flics ont juste pas aimé qu’il soit heureux, à dansotter, ils ont fait exploser leur gazeuse familiale dans son visage.
Ça continue, comme ça jusqu’à plus de 21h, encore dans les Marolles, dans le centre, à Sainte-Gudulle, une nasse interminable. Des jeunes finissent au poste, finissent avec des membres cassés, des coquards, des poignets sciés, des peurs et des haines. Il faut qu’on soit là, avec eux sur la durée.
Siamo tutti antifascisti ! »
Toutes et tous aux côtés des jeunes qui prennent leur vie en mains !
Le Gang des Vieux en Colère demande l’arrêt des violences policières et le retrait du décret-programme.
Anne Maesschalk
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