CIEL EN DANGER

Serons-nous la dernière génération à pouvoir contempler le ciel nocturne ?

Éclairons notre lanterne…

Après avoir colonisé les continents, l’air, les océans, les sous-sols et les espèces vivantes, le capitalisme part désormais à la conquête de la voûte terrestre.

Une start-up étasunienne, « Reflect Orbital », a obtenu en juillet 2026, le feu vert de la Federal Communications Commission étasunienne, la FCC, pour démarrer son projet.

Il est question, à l’horizon 2035, de mettre en orbite 50 000 satellites équipés de panneaux réflecteurs conçus pour capter la lumière du Soleil et la renvoyer sur Terre là où il fait nuit. Il s’agira d’un service à la demande et… payant bien entendu. Ces satellites ont été baptisés Eärendil, nom emprunté à Tolkien.

Space X assurera la mise en orbite, à environ 600km, d’au moins les premiers engins, à commencer par un prototype qui sera opérationnel en fin d’année. Il s’agit de l’orbite basse, déjà saturée.

Les panneaux réflecteurs, dans leur version définitive, devraient atteindre chacun 54X54 m et envoyer au sol un faisceau lumineux de 5 km de diamètre. Mais une étude de chercheurs universitaires (*) considère que la pollution lumineuse causée par l’un de ces satellites est très significative, modifiant l’environnement nocturne jusqu’à des distances d’environ 30 km, même si la start-up nous dit que « la lumière ne se répandra pas hors de la zone de service définie ». Et cela, c’est tant que tout va bien…

Selon cette start-up, les objectifs sont de « fournir de la lumière et de l’énergie pour aider à rendre l’infrastructure solaire existante plus utile au-delà des heures où la lumière directe du soleil est disponible ». Augmenter les heures de travail, éclairer des missions de sauvetage, prolonger les saisons et augmenter les rendements agricoles, soutenir le domaine militaire… On croit rêver !

A cela s’ajoute :

– Elon Musk qui a demandé à la FCC l’autorisation d’envoyer 100 000 satellites Starlink de dernière génération, ainsi qu’un million d’autres pour placer des datacenters de l’intelligence artificielle dans l’espace,

– La Chine qui veut en envoyer 1 million,

– Jeff Bezos, Amazon, Oneweb et consorts qui veulent en envoyer des milliers pour la télécommunication,

– l’Union Européenne qui veut également envoyer ses milliers de satellites de télécom pour ne pas dépendre des USA…

Faites le compte !!

Notez qu’aujourd’hui, il y a « seulement » 14 000 satellites qui tournent au-dessus de nos têtes.

NOUS NE POUVONS QU’ÊTRE TRÈS INQUIETS QUANT À L’AVENIR DU CIEL, CE PATRIMOINE UNIVERSEL, TEL QUE DÉCRÉTÉ PAR L’UNESCO, QU’AUCUNE ORGANISATION INTERNATIONALE NE PROTÈGE.

Risques pour l’astronomie, et dans bien d’autres domaines.

C’est une pollution lumineuse sans précédent qui nous attend, causée tant par Reflect Orbital que par ces constellations de satellites très lumineux. Les risques qui en découlent sont gigantesques.

Selon Yaël Nazé, astrophysicienne FNRS à l’ULiège, le projet abouti « est absolument terrible puisqu’on peut vraiment perdre l’accès au ciel depuis la Terre ».

En effet, à terme avec ces 50 000 engins prévus, l’illumination devrait être comparable à la lumière en journée. On le comprend, l’indignation des astronomes est en première ligne.

Toute la vie sur Terre a évolué avec un cycle journée-nuit. En supprimant ce cycle, on arrive à un certain nombre de problèmes, tels que la santé pour les êtres humains et les animaux, et, clairement (admirez le jeu de mot) des pertes de biodiversité, nous dit encore Yaël Nazé.

L’inquiétude est palpable parmi les écologistes et défenseurs de la nature. Par exemple, les espèces nocturnes, qui représentent un tiers des vertébrés, seront perturbés dans leurs capacités reproductives et à s’orienter. Et que dire des migrations d’oiseaux ! En synergie, ce sont des écosystèmes qui se voient menacés, soumis à de puissants stress.

Pour la santé humaine, l’éclairage nocturne réduit la production de mélatonine et dérègle notre horloge interne. Par ailleurs, une expertise technique considère également que la menace oculaire est bien réelle, un éclat de ce faisceau lumineux pouvant être assez puissant pour endommager la rétine en une fraction de seconde, pour toute personne observant le ciel à l’aide d’un télescope de taille moyenne.

Divers risques, par exemple pour les conducteurs et pour l’aviation, ont également été mis en exergue par des experts, vu l’éblouissement soudain par un faisceau.

Les usages militaires que ces infrastructures offrent n’ont rien pour nous rassurer, la start-up évoquant déjà la possibilité d’éclairer des « théâtres d’opérations » dans des zone de guerre reculées, pour appuyer les interventions armées.

Cette image montre des satellites traversant le ciel nocturne au-dessus de la partie nord du désert d’Atacama, au Chili, sur une période d’à peine une heure. Il s’agit d’un montage réalisé à partir d’une vidéo en time-lapse tournée le 15 octobre 2025, environ deux heures après le coucher du Soleil. Quelques traînées sont causées par des avions, facilement identifiables à leurs feux colorés clignotants, mais la plupart des traînées sont dues à des satellites.

Au premier plan, on aperçoit le dôme de l’Extremely Large Telescope (ELT) de l’ESO, le plus grand télescope optique/infrarouge au monde, actuellement en construction au sommet du Cerro Armazones. Derrière lui, on distingue les lasers du Very Large Telescope (VLT) de l’ESO à l’observatoire de Paranal, situé à 22 km de l’ELT.

Crédit:
F. Kamphues, ESO/M. Kornmesser

Réactions :

On s’en doute, et on s’en réjouit… les réactions sont nombreuses, le sujet est polémique…

Plusieurs sociétés d’astronomie, 2000 commentaires publics provenant d’astronomes, d’aviateurs et de citoyens, et une pétition appellent à l’abandon du projet.

Dark Sky International conteste le permis d’Earendil-1 auprès des la FCC, soutenue par 4 associations écologistes, et en demande également le retrait.

Mais à ce stade, il n’y a eu aucun débat public ni questionnement sur les risques pour l’environnement de ce projet délirant. La FCC a donné son accord, l’estimant conforme à l’intérêt public sans nécessiter d’expertise environnementale fédérale. Ce Bureau limite son mandat aux brouillages radio et aux déchets orbitaux. Les conséquences et les divers risques de ce projet ? La FCC répond que cela dépasse son champ de compétence. Circulez, il n’y a rien à voir… Et à charge pour ceux qui s’y opposent de démontrer qu’un problème existe !

A quand le prochain projet, puisque rien ne les arrête ?

Le Bureau des affaires spatiales des Nations Unies, (UNOOSA) traite de tous les aspects liés à l’espace. En 1967, 115 pays ont signé le Traité sur l’espace extra-atmosphérique. Les signataires se sont engagés à tenir compte des « intérêts correspondants de tous les autres États parties ». Quelqu’un s’en souviendrait-il ?

Voici un lien vers une pétition de l’organisation Darksky. :

https://darksky.org/news/orbital-illumination-systems/#OIS-sign

Cette image démontre comment la lumière du Soleil dispersée par les miroirs des satellites « Reflect Orbital » accroîtrait la luminosité globale du ciel nocturne au-dessus des télescopes VLT au Chili. L’image de gauche a été enregistrée le 16 mai 2026 avec une caméra grand champ pendant une nuit sans Lune. Le Nord est en haut et l’Ouest à droite. Les dômes abritant les quatre télescopes de
8 mètres du VLT sont visibles en haut à droite.

L’image de droite est une simulation montrant l’accroissement de brillance de ce même ciel avec la constellation complète de 50 000 miroirs des satellites de « Reflect Orbital ». Même si les miroirs ne sont pas dirigés vers l’observatoire, ils diffusent la lumière de tous les côtés qui est ensuite dispersée dans l’atmosphère, avec comme résultat un ciel trois à quatre fois plus brillant.

Crédit:

ESO/ O. Hainaut

Sources :

– Mensuel « le Ciel » de la société astronomique de Liège, Septembre 2026

– site RTBF info : article du 26 Août 2026 : « Éclairer la Terre depuis l’espace : le projet audacieux de Reflect Orbital face à la pollution lumineuse et aux alertes scientifiques. »

– site de la revue « Science&Vie » : article du 19 Août 2026 : « Les experts lancent une pétition contre l’entreprise qui veut éclairer la terre grâce à des miroirs »

– site « Contre-attaque », article du 21 Août 2026 : « Colonisation spatiale : des satellites pour dévier les rayons du soleil ? »

– site : ici-radio-canada.ca/nouvelle : article du 30 Juillet 2026: « Du soleil sur demande pendant la nuit : le lancement du prototype approuvé ».

– site Média24.fr : article du 16 Août 2026 : « Personne ne critique la prouesse d’ingénierie du satellite Eärendil-1 mais plutôt le fait qu’aucun organisme ne semble en charge de contrôler son impact environnemental »

– Communiqué de presse de l’ESO du 1er juillet 2026 : « Au-delà de la limite » : un million de satellites et de miroirs dans l’espace constituent une grave menace pour le ciel nocturne

https://www.eso.org/public/france/news/eso2607

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(*) des universités de Princeton, de Bratislava et de l’Académie slovaque des sciences.

Pascale Assoignon et Roland Boninsegna (Gang des Vieux en Colère de l’Entre-Sambre-et-Meuse)

Septembre 2026

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